Chez les «  Bûcherons » ;
 Souvenirs
 de l’Escadrille d’aviation 4
Enfin, on y arrive à cette entrée en escadrille……..

Extrait des mémoires de F. Carrel,
 Cdt. de Corps et Commandant des Forces aériennes suisses.

Histoires de champs d’azur et d’étoiles

 l Page 1 l 2 l 3 l 4 l Fête du 6 nov. 1965 (Carrel) l

Enfin, on y arrive à cette entrée en escadrille tant attendue. Après l’école de pilotes et les cours de perfectionnement au tir et au vol sans visibilité, nous sommes jugés suffisamment mûrs pour être intégrés dans une formation de combat.

Coup de chance, les trois "survivants" romands de l’Ecole d’aviation 250/59, Jean-Alfred Dufour, dit "Lancaster" en raison de sa dévotion pour le bombardier britannique de la dernière guerre, Alex Gründisch, dit l’"Indien"  ou "Sitting Bull"  en raison de sa ressemblance avec le célèbre guerrier peau-rouge et moi sommes affectés à la même escadrille de Venom : la « 4 », surnommée, nous ignorons encore pourquoi, les "Bûcherons".

6 septembre 1960, 09h30. Le gros de l’escadrille entre en service, pour une semaine, à Buochs, au bord du lac des Quatre-Cantons, sur l’aérodrome où sont fabriqués les fameux Pilatus. Un détachement mobilise à Interlaken afin de transférer six Venom à Buochs. Nous en faisons partie tous les trois et débarquons du train plein d’espoir mais avec un peu d’angoisse au cœur devant cette aventure qui nous a demandé tant de sacrifices et d’opiniâtreté. C’est sur le quai que nous découvrons les premiers de nos nouveaux camarades d’escadrille car les officiers et les sous-officiers supérieurs voyagent en première classe. Les sergents, eux, menu fretin, sont condamnés aux banquettes spartiates de la deuxième classe! Rencontre pour le moins insolite. Il y là un premier-lieutenant et deux adjudants vêtus d’uniformes antédiluviens, tous plus typés les uns que les autres. Le premier-lieutenant est un gaillard débonnaire, nanti d’un impressionnant nez en bec d’aigle, d’un regard qui vous transperce au premier coup d’oeil et d’un accent neuchâtelois à couper au couteau: c’est
Blaise Perrenoud, ingénieur-électricien dans le civil, la légende de la « 4 ». L’un des adjudants est un géant dont le sourire inextinguible dévoile des dents dignes de la meilleure réclame de dentifrice. S’il n’était pas pilote de ligne, il pourrait confortablement gagner sa vie chez Colgate ou Pepsodent : c’est Albert Kraus, dit  "Bébert", comme il se doit. Le deuxième adjudant, lui, ne paye pas de mine : nous nous demandons intérieurement s’il est vraiment pilote militaire ? Il aura l’occasion de nous le démontrer…et pas rien qu’un peu ! Mais sa pâleur cadavérique et son air exténué nous surprennent. Nous ne tarderons d’ailleurs pas à apprendre qu’on le surnomme "le Cadavre", mais aussi "Dynamite"  en raison de sa profession de dentiste. Les mauvaises langues prétendent que sa manière d’extraire les dents est plutôt explosive ! C’est Erwin Hess.

Lors des présentations, qui n’ont rien de protocolaire, je suis intrigué par une corbeille qui repose à ses pieds. Car dans la corbeille il y a un chat ! Comme nous sommes sensés nous rendre à Buochs en chasseur-bombardier monoplace, je me demande bien ce qu’il va en faire. Pas de problème. Sa femme et ses enfants sont en vacances en Italie et Erwin doit garder le chat. Il le mettra dans le casier aménagé dans le nez du Venom, où nous rangeons d’habitude nos petits sacs d’effets de vol.

En route pour l’aérodrome. Alex et moi volerons avec Blaise, Jean-Alfred avec les deux adjudants : deux patrouilles à trois en ordre séparé, car la patrouille avec le chat fera un survol direct à basse altitude (l’armée suisse ne disposant pas de masques à oxygène pour animaux domestiques), alors que Blaise, manifestement, nourrit d’autres intentions pour ses deux jeunots.

Et c’est parti, par grand ciel bleu, heureusement ; un problème de moins pour notre "baptême du feu". Dès le décollage, nous prenons le cap plein ouest, qui nous met partout sauf dans la direction de Buochs. Traversée du Plateau au-dessous de la voie aérienne G5 sans histoire et nous nous retrouvons dans le Jura. Petite séance de rase-mottes au cours de laquelle nous survolons le minuscule lac des Taillères, tout près de la frontière française. Je vois encore se lever vers nous le visage ébahi de ce pêcheur solitaire et je distingue clairement les trois poissons qui sont étalés dans l’herbe à ses côtés.

Venom MK4  et MK1

DH-112
Venom

premier et
arrière plan:
MK 4;

au milieu
MK 1

Et oups !on se retrouve le nez en plein ciel bleu, partis pour quelques évolutions dans la verticale. Alex et moi serrons les fesses pour suivre et rester en formation. Voilà que ça redescend au ras des marguerites en direction du lac de Bienne. Cela ressemble de moins en moins à ce que nous avons appris à l’Ecole de pilotes !

Nous arrivons au-dessus d’un chalet avec une grande terrasse et ça recommence à basculer de tous les côtés. Loopings, tonneaux barriqués, tout se concentre sur ce chalet. A la sortie d’une boucle, j’aperçois une femme, sur la terrasse, qui agite un foulard. La transpiration me coule dans les yeux et je n’ai plus un poil de sec quand tout se calme. Cap sur Buochs et atterrissage sans problème. Nous nous rendons à la baraque d’escadrille où l'on nous attend pour aller déjeuner. Dieu, que le commandant d’escadrille est impressionnant. Silhouette massive avec une extraordinaire gueule de pirate, caractérisée par des sourcils aussi noirs que proéminents. C’est le capitaine Georges von Allmen que toute l’aviation militaire surnomme "Lucifer"! Il s’avèrera être le vrai patron qu’il faut pour éjecter les jeunes de leur coquille; nous apprendrons très vite à l’aimer.  Blaise lui annonce la patrouille : "Commandant, ma patrouille est de retour, rien à signaler, avions en ordre, ma femme te salue bien ! " Je comprends alors que rien ne sera jamais plus comme à l’Ecole de pilotes !

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