Amicale Aviation 4 - Switzerland

Corsair, Milan et... Tiger

F5 Tiger

Par Fernand Carrel

Fernand Carrel

Histoires de champs d’azur et d’étoiles  

Après l’ « affaire des Mirage », « chat échaudé craint l’eau froide », le Département militaire fédéral décide que le prochain avion de combat sera un appareil voué exclusivement à l’appui tactique des troupes terrestres car on estime alors qu’il ne pourra qu’être moins cher qu’un avion polyvalent. Après avoir jeté un œil sur le Fiat G-91Y, sur le SAAB 105 et sur le Douglas A-4M Skyhawk , on retient pour une évaluation finale le Ling-Temco-Vought LTV A-7 Corsair II et le Dassault Mirage-Milan. Le Corsair américain est un pur avion d’attaque au sol, équipé d’une avionique ultra moderne pour l’époque (INS, HUD, CME, etc) ; mais il ne sait rien faire d’autre. Le Milan français est un dérivé du Mirage 5 sur le nez duquel on a monté des « moustaches » rétractables (voilure canard), développées par la F+W, pour diminuer les vitesses de décollage et d’atterrissage et permettre d’emporter une plus grande charge utile. L’appareil est un prototype développé par Dassault pour répondre à l’appel d’offre suisse. Son avionique est relativement sommaire. Les deux constructeurs vont se livrer à une compétition acharnée lors de l’évaluation comparative qui se déroule en Suisse en mai 1972, déchaînant par la même occasion une profonde division dans la communauté des pilotes militaires. Une moitié, constituée par les fanatiques de l’attaque au sol, soutient avec ferveur la cause de l'A-7. L’autre moitié, celle des non moins fanatiques chasseurs frustrés par la réduction de l’effectif des Mirage de 100 à 57,  prend la défense du Milan en lequel elle voit un avion supersonique capable de procéder aussi à des missions de défense aérienne. Le 17 août 1972, le Conseil fédéral porte son choix sur le LTV A-7 Corsair et propose l’acquisition de 40 appareils. Mais le mécontentement gronde tellement qu’il revient en arrière le 9 septembre et prononce une « décision zéro » (« Nullentscheid ») ; on n’achètera ni le Corsair, ni le Milan. Mais comme il est urgent de remplacer les DH-100 Vampire qui vont quitter les escadrilles de combat à fin 1973, on procède dans la hâte à l’acquisition en deux tranches de 60 Hunter supplémentaires en l'occurrence des appareils de seconde main remis à zéro par le constructeur.

Cette nouvelle débâcle, qui suit à huit ans près celle des Mirage, entraîne la démission du commandant des Trp ADCA, le commandant de corps Studer. Elle a toutefois le grand mérite de faire réaliser aux responsables politiques et militaires que quelque chose ne joue décidément pas. On finit par comprendre en haut lieu qu’avant d’acheter des avions, il faut savoir clairement quelles sont les missions que doit remplir l’aviation militaire et dans quel ordre de priorité. Le jour même de sa « décision zéro », le Conseil fédéral charge le Département militaire de revoir sa conception de la guerre aérienne. En toute logique il en ressortira que l’appui feu des troupes terrestres n’est réalisable que si l’on dispose de la supériorité aérienne, ne serait-ce que pour couvrir les sorties des chasseurs-bombardiers (cette doctrine restera en vigueur jusqu’à l’heure actuelle). Or ce n’est pas avec les seuls 36 Mirage III S, appuyés par des Hunter qui ne sont plus guère à la hauteur de cette tâche, que l’on y parviendra.

Avec la disparition progressive  des Venom, vers la fin des années 70, les Hunter seront d’ailleurs affectés quasi exclusivement à la mission d’attaque au sol. C’est donc clairement d’un nouvel avion de défense aérienne dont la Suisse a besoin. En 1973, on évalue dans les pays constructeurs le Dassault Mirage F-1 (F), le Northrop F-5E Tiger II (USA) et le Hawker Harrier DB (GB, prototype du GR 1). Durant l’évaluation de ce dernier type, l’appareil XR 276 est perdu le 10 avril 1973. Le pilote suisse, le lieutenant-colonel EMG Hans Stauffer, s’éjecte avec succès à 100 m/sol et à 220 nœuds, avec une pente négative de 10°. En 1974, des essais intensifs avec le F-5 E Tiger II se déroulent en Suisse, avec un résultat positif. En 1976, le Parlement se prononce pour l’acquisition de 72 appareils, dont 66 F-5 E monoplaces et 6 F-5 F biplaces. Les modules et les éléments d’assemblage sont construits aux USA et le montage final se fait à la F+W, à Emmen. Les avions sont livrés à la troupe entre 1978 et 1981. La transition et l’introduction de ce nouveau type d’avion se déroulent sans problème, tant au plan vol que technique.

Les F-5 E monoplaces sont attribués aux trois escadrilles de professionnels non équipées de Mirage (Esc av 1,  11 et 18) et à des escadrilles de milice. Les F-5F servent avant tout à l’instruction et aux vols de contrôle périodiques des pilotes. Mais contrairement aux Mirage III BS/DS, qui n’ont pas de radar, ils sont équipés du même système de conduite de tir et de navigation et du même armement que le F-5 E. et sont donc parfaitement opérationnels. Le point faible du Tiger réside dans son armement léger : 2 canons de 20 mm et 2 missiles à autodirecteur infrarouge Sidewinder AIM-9. Ne disposant pas de la capacité de tirer des missiles à autodirecteur électromagnétique (missiles radar), il n’a pas de capacité tous temps ; bien que le pilote puisse accrocher la cible avec son radar de bord dans les nuages ou hors de portée visuelle déjà, il doit avoir un contact visuel avec la cible avant de pouvoir tirer ses missiles. Le seul intercepteur « tous temps tous azimuts » reste donc le Mirage III S. Mais le Tiger  a aussi ses points forts. Il est simple, sûr et facile à piloter. Contrairement au Mirage, il est parfaitement "apte à la milice", tout à fait dans la ligne du Hunter. Ses performances supersoniques et son pouvoir d’accélération en font un appareil idéal pour la mission de police du ciel, respectivement d’identification visuelle. Il est très maniable et restera supérieur au Mirage III S dans le combat tournoyant (dogfight) à basse vitesse, jusqu’à ce que les modifications aérodynamiques soient introduites sur ce dernier. Sa petite taille rend sa silhouette très difficile à détecter à vue. A ce titre, il est très proche du MiG-21, raison pour laquelle il sera choisi par la Fighter Weapons School (« Top Gun ») de l’US Navy /Marine Corps pour la simulation de l’ennemi potentiel.

L’appareil donnant toute satisfaction et se révélant particulièrement bien adapté aux besoins de la milice, le Parlement autorise la mise en chantier d’une seconde tranche de 32 monoplaces et de 6 biplaces qui viennent s’ajouter à la flotte existante entre 1981 et 1985, faisant passer le nombre total des « Tiger » à 110. Tout comme dans le premier cas, le montage des appareils s’effectue en Suisse.

Les appareils de la deuxième tranche sont équipés de contre-mesures électroniques (avertisseur-radar, leurres électromagnétiques et infrarouge) ainsi que du « nez de requin » (« shark nose »). Dérivé du prototype du F-20 Tigershark abandonné en cours de développement, ce nouveau nez permet de diminuer la surface de réflexion radar de l’avion et d’améliorer ses caractéristiques de décrochage aérodynamique. Son radome est constitué d’un matériau spécial de couleur grise et nanti d’une minuscule perche pitot. Dans la foulée, toute la flotte F-5 E/F est remise au même standard.

Au fil des ans, 7 « Tiger » sont perdus de manière accidentelle. Paradoxalement, les Etats-Unis rachètent 32 appareils en 2002. Ces machines sont versées au sein de la célèbre école Top Gun de la marine américaine à Fallon afin d’y remplacer les T-38 de l’escadrille de plastrons « Agressor », arrivés à bout de potentiel. En 2004, 12 F-5 E sont loués pour 4 ans à l’Autriche, afin de permettre à son aviation  de faire la transition entre le SAAB « Draken » (dont les derniers appareils sont retirés du service fin 2005) et l’arrivée de l’Eurofighter prévue pour 2007. Dès 2004, l’effectif ne compte plus que 54 appareils qui équipent les trois dernières escadrilles de milice (Esc av 6, Fl St 8 et Fl St 19) ainsi que l’escadrille d’instruction  Fl St 16 et la Patrouille Suisse, qui évolue sur F-5 E depuis la mise hors service du Hunter. Ces avions seront retirés du service en 2014, dépassant ainsi le record de vieillesse des Hunter ! Ils devraient être remplacés par une première série de nouveaux avions de combat dont l’évaluation débute en 2008, dans le cadre du programme TTE (Tiger Teil Ersatz).

Northrop F-5E
Tiger II
(appareil de l'EEA
équipé pour les essais
en vol)

Northrop F5E Tiger II
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