Amicale Aviation 4 - Switzerland

L’engin air-sol AS-30 dans
les Forces aériennes suisses

Par Fernand Carrel

Fernand Carrel - Amicale Aviation 4

Histoires de champs d’azur et d’étoiles  

page 1  -  page 2

En 1964, après des débats houleux dus à un large dépassement du crédit initialement prévu pour l'acquisition de 100 Mirage III, la Suisse décida finalement de l'achat de 57 appareils, dont 36 intercepteurs Mirage III S, 18 avions de reconnaissance Mirage III RS et 3 biplaces Mirage III BS pour la conversion et l'entraînement des pilotes. Le Mirage III S, dérivé du Mirage III E de l'Armée de l'air française, reçut cependant de très nombreuses modifications, dites "helvétisations", pour l'adapter au cahier des charges suisse et aux caractéristiques opérationnelles propres à ce pays, en particulier pour l'engagement à partir de cavernes souterraines en montagne. La principale modification résidait cependant dans l'aménagement d'un système de tir et de navigation américain, le TARAN de la firme Hughes auquel on allait associer des missiles air-air américains également, du type Falcon HM-55S (électromagnétiques) et AIM-26B (IR) ainsi que AIM-9 Sidewinder. Bien que le rôle principal du Mirage III S fût celui d'intercepteur à hautes performances, il fut décidé de lui ajouter une capacité air-sol avec l'engagement des canons, de bombes conventionnelles de 450 kg et du missile air-sol téléguidé de Nord Aviation AS-30, désigné en Suisse NORAS. Le système TARAN fut donc modifié de façon à intégrer les paramètres de tir de ces trois armes. Il présentait un mode "Sol" avec les trois composantes "Canons", "Bombes" et "Nord" (pour AS-30 NORAS).

Les avions furent équipés de lance-bombes leur permettant d'emporter deux bombes de 450 kg ainsi que d'un dispositif de tir pour l'engin air-sol téléguidé AS-30, ce qui impliquait le montage d'un pylône ventral et du système de téléguidage du missile avec  un petit manche à balai sur la console de droite de la cabine pour le piloter à vue jusqu'à l'objectif. Il y avait donc trois manches à balai dans les Mirage III S: un pour le pilotage de l'avion, un deuxième, sur la console de gauche, pour le positionnement de l'antenne du radar TARAN et un troisième pour l'AS-30.

Si l'idée de tirer des bombes conventionnelles avec la flotte initialement prévue de 100 appareils pouvait avoir un sens, elle n'était plus guère raisonnable avec un nombre restreint à 36 appareils qu'il fallait engager en toute priorité comme intercepteurs de pointe. On abandonna donc rapidement cette mission secondaire. Il en alla différemment avec ce gros engin de 520 kg qu'était l'AS-30 NORAS, qui emportait une charge explosive de 250 kg apte à percer un mur de béton de deux mètres d'épaisseur, capable d'être tiré depuis une distance de 12 km et d'être guidé avec une grande précision jusqu'au but, pour peu qu'il soit  visible. C'était l'arme d'attaque au sol la plus perfectionnée dont la Suisse disposait à l'époque.

L'engagement de  l'AS-30 demandait un bon entraînement pour être efficace mais cet engin était trop onéreux pour être tiré à titre d'exercice. Par ailleurs, la Suisse ne disposait d'aucun champ de tir répondant aux normes de sécurité exigées par ce système. Les seuls engins  AS-30 tirés depuis un Mirage III S le furent à Cazaux (France), lors des essais de réception et à Vidsel (Suède) en 1977, au titre de tirs de vérification.

D'août à octobre 1967, 2 Mirage III S furent déployés sur la BA 120 de Cazaux avec 6 pilotes (4 de la Troupe d'aviation et 2 du Groupement de l'armement) et avec le personnel terrestre approprié. Sous le contrôle du Centre d'expériences aériennes militaires (CEAM) de Mont-de-Marsan, 12 AS-30 (dont 2 avec charge explosive) furent tirés sur une cible en mer au large de Biscarosse, après qu'il eut été procédé à un entraînement avec le missile filoguidé AS-11, dont 5 exemplaires furent tirés à partir d'un Fouga Magister spécialement équipé. Chaque pilote a tiré 2 AS-30, à des distances variant de 4 à 12 km. Les résultats furent jugés conformes aux performances annoncées par le constructeur.

Dans le cadre d'une campagne d'essais de tirs de missiles sur le champ de tir instrumenté de RFN Vidsel, tout au Nord de la Suède, entre juin et octobre 1977, 4 AS-30 furent à nouveau engagés avec un bon succès  contre un but terrestre spécialement aménagé. Ce furent les derniers tirs réels de ce type de missile pour la Troupe d'aviation suisse.

Pour l'entraînement de leurs pilotes, les Suisses firent appel à deux solutions complémentaires.

D'abord  un simulateur de tir élémentaire, appelé SINOR, avec lequel il fallait guider un point lumineux sur un parcours de plus en plus complexe. Le comportement simulé de l'engin était extrêmement vif au départ et devenait de plus en plus inerte au fur et à mesure que son temps de vol s'allongeait; excellent pour tester les nerfs du pilote à l'entraînement! Le SINOR, toujours en état de marche, est aujourd'hui exposé au Musée de l'aviation militaire "Clin d'Ailes", sur la base aérienne de Payerne, en compagnie d'un missile AS-30 NORAS.

L'autre solution consistait à tirer des missiles air-sol filoguidés AS-11, également fabriqués par Nord Aviation, à partir d'un DH-115 Vampire Trainer spécialement équipé. Deux de ces petits missiles, longs de 1,20 m et pesant 30 kg, pouvaient être montés sous les ailes de l'avion et étaient  tirés inertes (sans charge explosive).  Guidés par un fil électrique qu'ils traînaient derrière eux, ils pouvaient être engagés depuis une distance maximale de  3'500 mètres du but vers lequel ils "volaient" à 685 km/h (370 kts). Bien que tirés à beaucoup plus faibles distance et vitesse que l'AS-30, ils répondaient assez fidèlement au comportement de ce dernier, beaucoup mieux en tous cas que le simulateur SINOR.

Désactivé au milieu des années 80 dans le cadre du programme d'amélioration du Mirage III S KAWEST 85, l'AS-30 NORAS fut remplacé par le missile air-sol à guidage électro-optique AGM 65 Maverick de la firme Hughes, dont furent équipés les Hunter suisses. Le seul mode air-sol qui restera actif sur les Mirage III S jusqu'à leur mise hors service à fin 1999 sera le tir aux canons, régulièrement pratiqué par les pilotes pour qui il représentait un excellent exercice de base.

Anecdote: le tir au pêcheur!

Page précente et page suivante

Autres récits de Fernand Carrel:  20+ textes      CLIQUEZ  ICI

Copyright 2009 - Fernand Carrel - All Rights Reserved.

Home Amicale Aviation 4Les AvionsLes MembresLe Livre d'OrNouvellesContact - Liens (Amicale Aviation 4)Historique + Photos