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Par Fernand Carrel

Fernand Carrel

Histoires de champs d’azur et d’étoiles  

Après les longs essais de mise au point du réacteur ATAR 9C sur le Mirage III S pour les hautes performances, qui m’amenèrent à procéder à quelques soixante-dix accélérations jusqu’au Mach maximum (entre 1.8 et 2.05, selon la configuration de l’avion et la température extérieure à la tropopause), vint la période de l’optimalisation des profils de combat. Je commençais par celui de montée/accélération basé sur le calcul de l’énergie spécifique maximum. Comme il nécessitait l’usage ininterrompu de la postcombustion maximum (PC max), il ne m’était pas possible de le mesurer depuis le lâcher des freins au décollage, pour des raisons de bruit comme de disponibilité d’un espace suffisant. Je décidais donc de procéder aux essais  depuis 1000 m/M (3'330 ft) et Mach 0.87 jusqu’à 15’000m/M (49'200 ft)  et Mach 1.5. Pour passer à travers 1000m/M avec le Mach et l’angle de montée établis, il fallait commencer le profil le plus bas possible. Or, le plus bas possible, à proximité de la base de Payerne et avec un espace suffisant pour permettre le développement de la montée et de l'accélération, c’est le lac Léman, à 372 m/M. Je m’élançais donc au ras de l’eau face à Rivaz, à pleine postcombustion et je montais parallèlement à la voie aérienne G 5 qui traverse la Suisse de Nord Est en Sud Ouest. Cela me faisait passer très près des pentes du Mont-Pèlerin, dans un fracas étourdissant !

Un jour, au retour d’un de ces essais, le chef du service de vol m’annonce qu’il vient de recevoir la réclamation véhémente d’une dame de la région qui lui avait semblé un peu paniquée. Comme il se doit en pareille circonstance, je rappelle la dame en question. Je tombe sur une jeune femme éplorée qui m’explique avec un accent suisse alémanique aussi prononcé que sympathique, qu’elle vient de la région de Langnau (dans le centre germanophone du pays), qu’elle a épousé un agriculteur vaudois, qu’elle est enceinte de six mois et qu’elle tremble pour son futur bébé autant que les vitres de sa ferme le font à mon tonitruant passage ! Je lui présente mes plus plates excuses, lui affirme toutefois que je ne fais pas ça pour m’amuser, lui explique de long en large « à quoi ça sert » et lui promets de modifier dorénavant mon axe de montée afin de lui épargner de nouvelles frayeurs. Après un bon quart d’heure de discussion où j’ai l’impression, à mon grand soulagement, que la dame se détend, elle finit par me dire avec le plus grand sérieux : «dites voir, Monsieur Carrel, est-ce que vous ne pourriez pas me prendre une fois avec vous, dans votre Mirage ? » Je dus lui expliquer, à son grand dépit, que mon Mirage n’avait qu’une place !

En fait, quand un pilote provoquait l’ire de ses concitoyens pour des raisons de bruit (vol à basse altitude, bang sonique, etc), s’il prenait la peine de discuter lui-même avec les protestataires, sans morgue et avec humilité, ça se finissait généralement plutôt bien. Il n’était pas rare qu’il se fasse inviter à passer boire un coup pour mieux faire connaissance. Mais c’était dans les années soixante à quatre-vingts. Aujourd’hui le verre de l’amitié a cédé la place au vert des écolos ! Autres temps, autres mœurs.

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