Livre de L. Baudillon et Luc Léonardi  - Mirage III S

Nuit de chance

Par Fernand Carrel, ancien Cdt des Forces aériennes

Histoires de champs d'azur et d'étoiles

Retour de mission d’entraînement aux interceptions de nuit. Je dirige une patrouille de Mirage III S. Nous sommes amenés par « Payerne Radar » au-dessus de La Berra, dans les Préalpes fribourgeoises, où la formation se sépare pour une approche GCA (guidée par radar depuis le sol) sur la piste 05 de Payerne. Tout le Plateau est recouvert d’une couche compacte d’altostratus avec une base vers 2500 m/M. En dessous, il fait un noir d’encre mais la visibilité est excellente. Mon patrouilleur décide de procéder à une approche à vue, annule son plan de vol IFR et passe sur la fréquence radio d’aérodrome. Je choisis d’en rester au plan initial avec une approche radar de précision pour me faire la main et me branche sur la fréquence « Payerne Approach ».

Bien aligné sur le plan de descente en courte finale GCA, « on glide path, on centerline », je quitte des yeux mes instruments pour chercher la piste. Ma vision périphérique est alors attirée par une petite et pâle lueur verdâtre, qui semble se rapprocher par la droite, légèrement en dessous de mon avion. Elle se rapproche même tellement vite que tout d’un coup je distingue nettement les instruments de la planche de bord du Mirage de mon patrouilleur. Il est à une vingtaine de mètres de moi en cap de collision. Je ne vous dis pas la montée d’adrénaline ! Jamais remise de gaz ne fut effectuée plus rapidement. Je dégage brutalement vers le haut, rentre le train d’atterrissage et repart pour un circuit, à vue cette fois. Pendant ce temps, mon patrouilleur qui n’a rien vu, ni entendu puisque nous n’étions plus sur la même fréquence, se pose en « pépère » sur la piste 05.

De retour au sol, sérieuse discussion avec les gens du contrôle aérien qui tireront immédiatement les leçons de cet incident qui aurait pu avoir des conséquences catastrophiques. Les deux contrôleurs impliqués n’étaient pas coordonnés. Désormais, en vol de nuit, il ne sera plus autorisé de procéder en parallèle à des approches à vue et aux instruments : ce sera tout le monde à vue ou tout le monde aux instruments et, en tous cas, tout le monde sur la même fréquence radio.

Jamais, dans ma longue carrière de cinquante-sept ans d’aviation, je n’aurais été aussi près d’y passer. Comme on le dit : « quand c’est pas l’heure…c’est pas l’heure ! »

L'histoire des mirage suisses - III S

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