Ecole de parachutisme - Club fribourgeois d'aviation

Historique

1952 - Fondation de la première école suisse
            et fribourgeoise de parachutisme

Béda Hefti et Roger Audoin firent un travail de pionniers sur le plan de l’instruction au parachutisme. Béda Hefti s’occupa de l’organisation de l’école, c’est-à-dire des démarches auprès de l’Office fédéral de l’air et de l’acquisition du matériel, dont 4 parachutes hémisphériques PAK à ouverture manuelle provenant des stocks allemands de la dernière guerre ainsi que des tables pour le pliage et d’un mannequin à forme humaine de 70 kg. Il fallut trouver un avion largueur avec son pilote et faire paraître de la publicité dans les principaux journaux de Suisse. Le prix global du cours pour l’obtention du brevet se montait à 500 francs.

Roger Audoin, s’inspirant du cours en allemand d’Ernest Schneider de Bâle, traduisit et perfectionna la théorie qu’il allait enseigner aux futurs élèves de l’école. Il obtint le permis pour l’instruction de parachutistes le 26 juin 1952. Le cours consistait en la théorie et la pratique au sol et en l’air. Le cours pratique des sauts comprenait deux jets de mannequin pour l’exercice au largage, deux sauts d’entraînement en position groupée dont le premier déjà en ouverture manuelle à trois secondes et deux sauts de précision d’atterrissage lors de l’examen pour l’obtention de la licence (atterrissage à moins de 200 m du centre de la cible). L’âge minimum pour sauter était de 20 ans. L’école de parachutisme allait organiser ses séances de sauts sur l’aérodrome de vol à voile de Bellechasse, à quelque 500 m du pénitencier du canton de Fribourg.

Le 15 août 1952, le club fribourgeois d’aviation (CFA) obtint, auprès de l’Office fédéral de l’air [OFA], la concession et la reconnaissance du règlement de la première école de parachutisme de Suisse.

Le 28 septembre 1952 déjà, après un entraînement assidu, les cinq élèves de la première volée obtenaient avec succès leur brevet : René Favre de Domdidier  licence n° 16, Bernard Romanens de Fribourg licence n° 17, Paul Mesot de Siviriez licence n° 18, Fritz Aebischer de Cordast licence n° 19 et André Froidevaux de Moutier licence n° 20. Ernest Schneider de Bâle, ancien parachutiste, représentait l’OFA et fonctionna comme expert.

L’avion loué pour les entraînements et les examens était un avion de 4 places, de couleur jaune et de type Fairchild (Warner) avec un moteur en étoile de 165 CV. Son pilote était Théo Ausderau. Cet avion, immatriculé HB-EMI, vole encore actuellement en 2011 avec ses couleur originales et est stationné sur l'aérodrome d'Ecuvillens.

Un deuxième cours eut lieu à Bellechasse en avril 1953, avec d’autres candidats dont L.-M. Huber, célèbre plongeur dans le Doubs et Michel Pipoz, Fribourgeois de Bouloz FR, qui ressautera sur l'aérodrome d'Ecuvillens à l’époque de Jacques Doyen devenu 4e moniteur de l’école en 1960.

Les voilures en soie blanche des parachutes PAK étaient fragiles et subissaient régulièrement des dégâts tels que brûlures et déchirures lors des sauts. Pour les réparations, une couturière expérimentée, minutieuse et dévouée, avait été trouvée en la personne de Madame Progin, épouse du pilote largueur. Elle pourrait nous parler des nuits passées à réparer des voilures que Bernard lui avait apporté le samedi soir après les sauts, afin quelles soient prêtes pour les sauts du dimanche matin !

Décès accidentel de Jacques Audoin

Rien ne laissait prévoir la malchance qui allait s’abattre sur l’école. Le 15 juin 1953, une dépêche télégraphique informait Béda Hefti que Roger Audoin était décédé lors d’un saut de démonstration dans le cadre d’un meeting international d’aviation à Mannheim, en Allemagne.

Un nouvel instructeur pour l’école

Béda Hefti était un homme qui ne se décourageait pas. Bernard Romanens de Fribourg, fut choisi comme nouvel instructeur et prit la succession de Roger Audoin. Il obtint son brevet d’instructeur le 12 octobre 1953. En novembre, il instruisit une nouvelle volée parmi laquelle se trouvait Jules Gaillard. Ce dernier prendra la relève en 1957 après que Bernard Romanens ait mis fin à son activité suite à son mariage.

La législation suisse du moment exigeait qu’un candidat instructeur ait au moins 25 sauts certifiés. Un examen écrit et pratique vérifiait les connaissances de base sur la législation, le matériel, le pliage, l’aérodynamique, les calculs de largage et de chute libre.

Au café-restaurant de l’époque le « Continental » à la place de la Gare à Fribourg avait lieu chaque semaine le stamm du CFA. Certains cours, comme la théorie et le pliage, étaient donnés dans la grande salle au 1er étage de ce magnifique café. Ce fut dans cette salle en 1954 que Gaston Monod dit « Tonton », président fondateur du groupement des constructeurs de modèles réduits d’avions du CFA, organisa pour les jeunes constructeurs une soirée d’information sur le parachutisme qui fut animée par Bernard Romanens, moniteur de l’école. Ce fut durant cette soirée que Claude Rüeger, membre fondateur du groupe des modélistes du CFA à ce moment, assistait à cette soirée et deviendra parachutiste en 1959. C'est ainsi qu'il reçu de Bernard Romanens, sa première initiation au parachutisme par une théorie sur la pratique et une démonstration de pliage avec un parachute en soie naturelle de type Autoflug-PAK.

Premier saut au-dessus d’ Ecuvillens et première chute libre à ouverture retardée d’un ancien élève de l’école

Le premier saut en parachute au dessus de l’aérodrome d’Ecuvillens a été effectué le 12 juin 1954. René Favre fut largué par Bernard Progin du Piper  65 CV, HB-OCI.

Jusqu’à cette époque, les parachutistes sautaient d’altitudes variant de 300 à 1000 m/sol, rarement plus haut. Le départ de l’avion se faisait en position groupée et l’ouverture du parachute après 3 secondes de chute. Quelques chutes libres plus longues furent exécutées pour mettre en émoi le public lors de fêtes d’aviation, par exemple, lors de l’inauguration de l’aérodrome d’Ecuvillens les 3 et 4 juillet 1954. René Favre, de la première volée d’élèves, avait entendu que des parachutistes français avaient mis au point une technique de chute libre stabilisée à plat face côté sol avec jambes et bras étendus. Il s’en inspira et, équipé d’un parachute en soie de 40 m², il exécuta un saut d’une altitude de 1200 m, avec un départ en chute libre en position X pour un temps prévu de 10" et fut chronométré à …18 secondes, avec une ouverture à environ 350 m/sol. Ce fut le grand frisson de l’inauguration !!! Ce nouvel aérodrome deviendra en 1959, la nouvelle base de la première école de suisse et fribourgeoise de parachutisme du CFA.

Troisième instructeur de l’école

Breveté instructeur le 21 août 1957, Jules Gaillard instruisit la même année un cours de quatre élèves sur l'aérodrome de Bellechasse. Parmi eux se trouvait la première femme parachutiste suisse romande avec la licence n° 104, Yvette Attinger, actuellement Vaucher-Abanda, à Genève, qui était déjà et resta par la suite une alpiniste chevronnée et de renom qui escalada entre autres, la paroi de l'Eiger. Ce furent les derniers élèves qui exécutèrent leur premier saut en ouverture manuelle, équipés d’un seul parachute Autoflug PAK-RUFA de 40 m² de surface.

A ce moment déjà et malgré ses 18 ans, Claude Rüeger avait suivi ce cours de formation avec déjà l’intention de sauter. Béda Hefti avait entrepris pour lui des démarches auprès de l’OFA pour l’obtention d’une autorisation spéciale de saut avant 20 ans. En France les sauts prémilitaires se pratiquaient dès 18 ans ! Les réponses à ses demandes furent toujours négatives. Afin qu’il ne se découragea pas, il le chargea de la responsabilité de la maintenance des parachutes et des cours de pliage à venir.

La formation terminée à Bellechasse, les examens pour la licence avaient été prévus sur l’aérodrome d’Ecuvillens. Or le matin du jour prévu, l’Office fédéral de l’air signifiait par un télégramme sa décision d’interdire dorénavant les sauts sans un deuxième parachute de secours. L'Ecole ne possédant pas d'équipement comprenant le parachute principal et le parachute de secours, cela reporta les examens d’Yvette et de ses trois camarades au début de l’année suivante.

Ce fut aussi durant ce cours que les élèves furent largués pour la première fois avec l’avion remorqueur mis à disposition par le groupe du vol à voile de Bellechasse. C’était un triplace  rouge, construit en Suisse en 1930, typique par son train d’atterrissage aussi haut qu’étroit, et ses deux haubans parallèles entre lesquels il fallait sauter. Sa particularité était d’avoir volé au gaz de bois durant la dernière guerre. C’était le Comte AC-4, immatriculé HB-USI, piloté par les largueurs Bernard Progin, et par la suite, par Pierre de Sybourg et Gaston Monod. Cet avion fut par la suite entièrement rénové et malheureusement mis hors service suite à un accident.

Première participation d’un Suisse à un stage de chute libre en France

En France, la technique de la chute libre maîtrisée se pratiquait principalement dans les centres de Biscarosse et de Châlon, avec les pionniers de la chute libre tels que Sam Chasak, Michel Prik, Pierre Lard et André Suire. Ce dernier est l’auteur du livre passionnant et très stimulant "Chute libre". Conscient de cette évolution et pour perfectionner sa technique, Jules Gaillard suivit, en octobre 1957, un stage au centre français de Châlon-sur-Saône, où il fut élève de Sam Chasak et Jacques Dubourg. Il fut le premier Suisse à pratiquer la chute libre en position X face sol, selon la technique française de l’époque. A son arrivée au stage, malgré les 28 sauts à ouverture commandée [O.C.] à son actif, il fut astreint à exécuter les 29e et 30e sauts en ouverture automatique [O.A.]. Pour débuter la progression en chute libre en France, un minimum de 30 sauts O.A. était exigé avant de passer au saut à ouverture commandée !

Nouveaux cours et matériel de saut

L’école s’adapta aux exigences nouvelles du règlement édicté par l’OFA et fit, au début de l’année 1959, l’acquisition de nouveaux équipements dotés de sangles et voiles en nylon, à but sportifs mais issus du matériel transformé des surplus militaires américains. Les seuls équipements conformes et disponibles à ce moment étaient de fabrication française ou américaine. Les équipements américains étant d’un coût plus abordable. Béda Hefti et le CFA mirent à la disposition de l’école deux de ces équipements : un parachute dorsal de type Pioneer T-7, voilure sans fente de 28 pieds (56 m²) et un dorsal Switlik C-9, voilure de 28 pieds, sans fente et sans gaine. Tous deux étaient complétés d’un ventral de secours T-7A de 24 pieds (40 m²).

Pour l’exercice à la précision d’atterrissage avant le premier saut, les élèves devaient après avoir calculé le point de largage, avoir largué deux fois un mannequin muni d’un ancien parachute PAK équipé en ouverture automatique. Le parachute des troupes aéroportées américaines T-7 avec ventral de secours répondait aux directives du règlement de l’OFA pour les deux premiers sauts des élèves, exigés en ouverture automatique. Le troisième et les suivants s’effectuaient en ouverture manuelle avec le parachute Zwitlik C-9 complété avec un parachute de secours ventral T-7A.

Deux nouveaux cours avec le moniteur Jules Gaillard débutèrent, l’un au printemps et l’autre en automne 1959. Trois élèves, dont Jean-Paul Marendaz, futur moniteur en 1961,  participèrent au cours du printemps. En automne, trois autres élèves, dont Claude Rüeger qui deviendra par la suite aussi moniteur en 1963. Parmi ces six derniers élèves, Claude Hennet candidate féminine de la Chaux-de-Fonds licence n° 107, Francis Chervet de Sugiez licence n° 108, Jean-Paul Marendaz d'Yverdon licence n° 109 et Claude Rüeger de Fribourg licence n° 124, furent les derniers élèves à avoir effectué après les premiers et deuxièmes sauts en OA*, leur troisième saut et les suivants avec ouverture manuelle ou commandée [O.C.*].

1959, rencontre de Béda Hefti et Jacques Doyen

Cette année 1959 fut celle d’une deuxième rencontre importante pour l'école. Yvette Vaucher-Attinger sauta lors d’un meeting à Annemasse et elle y fit la connaissance de Jacques Doyen, parachutiste français. Sur la proposition d’Yvette, il vint à Ecuvillens en août, et rencontra Béda Hefti présent lors d’un cours de pliage donné à des élèves par Claude Rüeger. Enthousiaste et passionné de parachutisme, aguerri aux nouvelles techniques de chute libre, Jacques Doyen proposa une démonstration. Sitôt dit, sitôt fait. Il plia un parachute C-9 de l’école, grimpa avec le Piper HB-OWS jusqu’à 2000 m et quitta l’avion pour exécuter une chute en dérive stabilisée de 30 secondes. Avec un parachute hémisphérique et sans fente c.-à-d. dirigé par tractions sur la voilure, il atterrit avec précision devant Béda Hefti. Colette Duval, mannequin-parachutiste et recordwoman célèbre en France, n’avait pas aussi bien réussi son saut de démonstration au meeting d’Ecuvillens, en été 1958 ! Surpris, heureux et enthousiasmé, Béda Hefti félicita Jacques Doyen de son habileté, de son aise et de sa précision. Ensemble, ils élaborèrent des projets, dont celui de la réalisation d’un centre national du parachutisme sur l’aérodrome d’Ecuvillens.

Projet d’un centre national de parachutisme à Ecuvillens

Dans ce but, Béda Hefti organisa en janvier à Fribourg la réunion de la plupart des parachutistes suisses connus et pratiquant à ce moment. Il souhaitait y discuter de l’élaboration d’une fédération suisse des clubs de parachutistes existants. A ce moment, l’AéCS n’avait aucune commission, ni section parachutiste dans son organisation. Seules quelques sections avaient des parachutistes parmi leurs membres. Cette réunion à Fribourg fut la première occasion d’échanges et de discutions sur la situation du parachutisme en Suisse. Les sujets traités furent le parachutisme en Suisse allemande, en Suisse romande et au Tessin, la fondation d’une fédération indépendante des clubs parachutistes, la reconnaissance et l’intégration par l’Aéro-Club de Suisse des clubs de parachutistes et la création d’une commission du parachutisme, les techniques de sauts et de chute libre, l’âge minimum pour débuter la pratique, des modifications de la réglementation en vigueur, le sport et la compétition. Béda Hefti présenta son projet de création d’un centre national de parachutisme sur l’aérodrome d’Ecuvillens. Cette séance fut suivie de sauts individuels en chute libre exécutés sur le terrain d’Ecuvillens par des parachutistes présents tels que Erich Graetzer, Freddy Brechbül et Karl Enggist, membres du Para-Sport Club de Zürich. Finalement, ce fut l’intégration par l’Aéro-Club de Suisse, des clubs de parachutistes dans les sections et la création d’une commission du parachutisme [CSP/FSK*] qui vit le jour en 1960. La première école suisse de parachutisme poursuivra sont évolution avec le CFA*, l'Association romande des parachutistes [ARPS*], le Para-Club-Romand [PCR*] et le Para-Club-Fribourg [PCF*].

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