Ecole de parachutisme - Club fribourgeois d'aviation

Historique

1960 - Un nouveau souffle à l’école de parachutisme du
            Club fribourgeois d'aviation,
section fribourgeoise de l’AéCS

L’année suivante, Jacques Doyen répondant à la demande de Béda Hefti, succéda à Jules Gaillard au poste de moniteur de l’école, ce dernier ayant entre-temps décidé de cesser son activité car il s’était marié, lui aussi. Il reçut l’équivalence suisse de sa licence française de parachutiste, puis obtint le 24 mars 1960 après examen, auprès de l’Office fédéral de l’air à Berne, la licence suisse d’instructeur parachutiste n° 117.

Son activité débuta le 27 mars 1960 par les sauts de progression en chute libre des anciens, soit Yvette Vaucher-Attinger, Jean-Paul Marendaz, Francis Chervet, Claude Rüeger et Michel Pipoz. En même temps débutait  l’entraînement théorique et pratique pour les nouveaux élèves  Hermann Preitner dit « Toubib », Monique Ducommun, Anne-Marie Rollinet, Bruno-Jacques Morel dit « Trois-poils », Georges Schneider, Laurent Arbel, Michel Chaperon dit « Mick », Lucienne Currat, Régis Grosjean et d’autres par la suite.

Jacques Doyen, parachutiste et chuteur passionné, entraîneur et animateur exceptionnel, sut donner un nouvel élan d’enthousiasme avec une nouvelle dimension au parachutisme suisse romand : l’apprivoisement, l’accoutumance, la jouissance et la griserie de la chute libre.

Premiers examens de licence de l’année

Le 5 juillet 1960 sur l’aérodrome d’Ecuvillens eurent lieu les examens théoriques et pratiques pour les élèves H. Preitner licence n°121, M. Ducommun licence n°129, B.-J. Morel licence n° 125 et C. Rüeger licence n° 124. Ces élèves obtinrent avec succès leur brevet de parachutiste. L’Office fédéral de l’air  était représenté ce jour-là par MM. Widmer (directeur), Ledermann (expert section parachutisme), Fritz Bigler (successeur par la suite de M. Ledermann) et Walter Frei (section matériel parachutiste). En l’absence de J. Doyen, c’est Harald Zurcher, instructeur à la garde aérienne de sauvetage, qui officia comme instructeur remplaçant.

Activité de l’école

Les week-ends de sauts s’organisaient en fonction des disponibilités de l’avion largueur Comte AC-4, et de celles de Jacques Doyen qui avait sa famille en France et devait effectuer les trajets Annemasse–Ecuvillens. L’intérêt pour la pratique du sport parachutiste grandissait : des élèves en provenance de tous les cantons romands, même d’outre-Sarine, venaient s’instruire à Ecuvillens.

Le début de l’entraînement fut analogue à la méthode française du moment :  exigence des 15 sauts en OA effectués, l’élève passait en OC à 3 secondes en position « I », puis en ouvertures retardées de 5 et 8 secondes en « T », puis 10, 15, 20, 30 secondes en « X ». Venaient ensuite les tours, les loopings et les exercices de vrilles, les sauts en couplés voir triplés. L’initiation au « vol relatif » venait plus tard, une fois les 40 secondes de chute atteintes. Il faut ajouter que les voilures des parachutes du moment, avec différents types de fentes, étaient peu efficaces pour la précision d’atterrissage. Cela nécessitait une attention continuelle particulière et un entraînement impératif de l’élève à la précision du largage, ceci afin d’éviter les atterrissages « aux vaches », dans les champs, le village ou la forêt.

Les pilotes largueurs du moment étaient Pierre de Sybourg devenu un largueur passionné, Gaston Monod, Charles Chammartin pour le Comte AC-4 et les Piper L-4 ; Pierre de Sybourg pour l’Aéronca-Sedan HB-ETC de la Chaux-de-Fonds ; Hermann Geiger pour le Porter PC-6 HB-FAP de Sion.

Des traditions et des usages s’instauraient

La camaraderie et l’amitié étaient si présentes que personne ne restait indifférent aux évènements de l’école, tels que premier saut, premier commandé, sauts de licence ou d’extension. Lors des décollages pour ces sauts particuliers, tous les paras, les pilotes largueurs et les amis présents, s’égrenaient environ tous les 10 mètres tout au long du bord de piste pour saluer et faire le bras d’honneur à l’élève dans l’avion décollant. On ne manquait pas d’arroser les mêmes sauts d’une façon spéciale. Cela consistait, à l’atterrissage du sauteur, à le déchausser d’une botte, à remplir celle-ci du contenu d’une bouteille de vin blanc, et de boire un coup à la botte l’un après l’autre sans exception, en commençant par le/la para concerné/e. Il n’était pas rare qu’en fin de botte, un malin s’appliquait devant tout le monde à extraire de la botte une chaussette qui avait été repoussée au fond lors du remplissage. Usage un peu trivial, direz-vous, mais toujours dans une bonne ambiance  et toujours suivi du fameux Zob, Zob, Zob et que le….. ! Par la suite, Béda Hefti fit cadeau aux parachutistes d’une magnifique reproduction en métal moulé de la « paraboot » qui devait servir aux futurs arrosages.

Sauts à l’extérieur: Montreux-Rennaz

Parfois, lorsqu’aucun avion n’était disponible sur Ecuvillens, l’école se déplaçait sur l’aérodrome de Montreux-Rennaz, en activité à l’époque et se surnommait « le tremplin des glaciers » en raison de ses avions munis de skis pour atterrissages sur les glaciers. Sur cette place, un Porter PC-6 HB-FAZ muni de skis pouvait être loué. Il était piloté par Messieurs Saxer et Baer. Sur cet aérodrome, les paras licenciés OA et OR pouvaient s’entraîner à partir d’un avion pouvant embarquer sept paras, et monter avec une vitesse ascensionnelle de plus de 3 m/s. Pour l’époque, voler et monter en altitude à plus de 3500 m. avec le Porter à moteur Lycoming 340 CV  était déjà un rêve réalisé. La turbine n’existait pas encore sur cet avion.

Un avion largueur pour l’école de parachutisme

En juillet 1960, le meeting du CFA sur l’aérodrome d’Ecuvillens fut marqué par les sauts et les démonstrations de chute libre des paras d’Ecuvillens : largage de « sticks » de sauteurs en OA et OR, avec pour attraction un saut stabilisé en couplé « XX » de 40 secondes depuis 2500 m (premier en Suisse), exécuté par Jacques Doyen avec Claude Rüeger. Tous ces sauts ont été effectués depuis les avions Comte AC-4, Pilatus Porter PC 6 de Sion pilotés par Hermann Geiger et Aéronca-Sedan de La Chaux-de-Fonds. En fin d’après-midi, il y eut aussi un événement important pour l’école : l’arrivée d’un avion destiné au largage des parachutistes. Grâce à l’investissement du CFA, et surtout aux aides personnelles de Béda Hefti et Joseph Surchat, l’école était dotée depuis ce jour-là d’un avion de largage 4 places de type Stinson-Voyager immatriculé HB-TRR. De couleur rouge avec une dérive imposante, il était doté d’un moteur de 165 CV. Cet avion largua les parachutistes jusqu’en 1967, année de son accident qui le mit définitivement hors service.

Prix des sauts et matériel

Les prix des sauts d'écolage avec les avions sus mentionnés se montaient à l’époque à :

Altitudes

OA à 500 m.

500-650 m.

650-750 m.

750-850 m.

850-1000 m.

Prix

14 frs

15 frs 

16 frs

17 frs

18 à  20 frs

Loc. parachutes

5 frs

5 frs

5 frs

5 frs

5 frs

Moniteur

2 frs

2 frs

2 frs

2 frs

2 frs

Prix total/saut

21 frs

22 frs

23 frs

24 frs

25-27 frs



En fonction des salaires du moment, ce n’était pas bon marché, d’autant plus que la progression  en OA, OC, puis OR était lente et les avions avec 3 paras montaient lentement.

Augmentation et renouvellement du matériel

Au fil des mois, les sauteurs et les sauts augmentant considérablement, d’autres équipements de parachutes devinrent nécessaires pour permettre un déroulement régulier des sauts pendant les séances de sauts d’écolage. L’achat de matériel neuf américain ou français était impossible parce que trop coûteux, et l’école disposait de moyens limités. C’est Jacques Doyen qui trouva la solution à ce problème difficile. En France, tous les parachutes réformés de l’armée étaient récupérés par des monopoles organisés de chiffonniers professionnels, dont certains étaient implantés dans la banlieue de Lyon. La "désaméricanisation" en cours et imposée par le président de Gaulle impliquait la liquidation du matériel militaire US de l’armée française, qui le vendait par lots à ces chiffonniers pour la revente au civils.

Jacques Doyen organisa plusieurs descentes à Lyon avec les plus mordus de ses élèves. Grâce à ces expéditions, l’école augmenta l’effectif de son matériel avec de nouveaux parachutes d'occasion achetés à des prix abordables. Dans le désordre indescriptible des dépôts des chiffonniers de Lyon, des parachutes réformés dont l’état était jugé dans un premier temps acceptable, furent sommairement fermés et liés pour êtres chargés dans les voitures. On peut le dire maintenant : dans les voilures des parachutes refermés, du matériel de rechange avait été enfoui et camouflé (deuxième voilure, SOA, poignées pour OC et autres éléments divers). C’était le système « D » pour diminuer le prix à la pièce exigé par des chiffonniers profiteurs, prix estimé beaucoup trop élevé par Jacques, étant donné l’âge et l’état usagé des parachutes.

Être à Lyon, c’était aussi l’occasion de profiter de la gastronomie française dans d’excellents restaurants de la banlieue, bien connus de Jacques, et surtout pour pas cher. On ne racontera pas les détails des retours avec tout le matériel entassé dans les voitures, pour lequel Jacques excluait toutes taxes de dédouanement. Dans la campagne genevoise, par des petites routes connues de lui (il habitait Annemasse), nous passions, la trouille au ventre, par des passages de la douane non contrôlés, pour acheminer enfin le matériel sur Begnins, chez Marcel Beney, élève para et tenancier du café du Raisin où se tenait le stamm du Para-Club de Genève.

A Begnins, sinon à Ecuvillens, le matériel était trié, échangé, contrôlé, remonté pour reconstituer de nouveaux équipements aptes à passer les contrôles de l’Office fédéral de l’air. Monsieur Walther Frei expert en matériel de l'OFA, était très connu pour son sérieux, et son intransigeance était légendaire. Les équipements acquis étaient des parachutes TAP 660 français, avec voilure en nylon de 60 m² et sangle d'ouverture automatique [SOA] pour les sauts en ouverture automatique, des TAP 690 avec même voilure (sans gaine, donc sans amortissement du choc d’ouverture) et poignée d’ouverture manuelle pour les premiers OC, des C-9 américains, avec voilure de nylon rouge et blanche de 60 m² sans fente, sur laquelle avait été ajoutée par la suite une gaine pour amortir les chocs à l’ouverture, idem à ceux que nous avions déjà, pour les sauts OR et des ventraux de secours propre à chaque modèle (voir tableaux descriptifs en fin de fascicule). L’école disposait à ce moment pour l’instruction de vingt-cinq équipements de parachutes comprenant un dorsal et un ventral.

Durant l’année 1960, environ 350 sauts furent effectués et 14 licences réussies. Jamais autant de sauts n’avaient été effectués et de licences délivrées par une école en une année. L’essor du parachutisme en Suisse romande, compte tenu des moyens en matériel, des avions disponibles et des moyens financiers personnels de chacun, venait de faire un bon extraordinaire, même si cela peut paraître actuellement "insignifiant sinon dérisoire".

«La Villa» des paras 

Le logement pour le week-end des paras de l’extérieur du canton de Fribourg commença à poser problème ; une solution devait être trouvée. Les plus nantis dormaient à l’ancienne Croix-Blanche. Les autres, les plus nombreux, squattaient la buvette, sinon le hangar, où ils dormaient dans leur sac de couchage. D’autres passaient la nuit dans leur voiture ou encore descendaient à Fribourg où ils étaient accueillis par la famille de Bruno-Jacques Morel. Lasse de cette situation, Yvette Attinger pris l’initiative de faire le tour du village dans le but de trouver une vieille ferme à louer. Après plusieurs démarches infructueuses, c’est au centre du village qu’une possibilité s’est offerte. Il s’agissait de l’ancienne ferme aux façades en tavillons de la famille Chenaux du Pré Neuf. Le père Chenaux, très accueillant et compréhensif, autorisa l’utilisation de l’habitation de celle-ci par les paras, et ceci gracieusement. D’une pierre deux coups : un logement avait été trouvé et un nouvel élève, le premier parachutiste du village d’Ecuvillens. Il s’agissait du fils du père Chenaux qui se prénommait Arthur dit "Coco" (licence n° 154). Paysan dans la ferme de son père, il faisait des apparitions sur le terrain pour sauter les dimanches, entre la messe du matin et les traites du soir. En peu de temps, la partie habitation de la ferme fut modestement organisée et aménagée en dortoirs pour les week-ends et les stages. Elle fut baptisée par les paras «la Villa». Si quelques utilisateurs peu respectueux de l’environnement du village occasionnèrent quelques ennuis, ce ne fut pas la majorité ; les autres ont beaucoup apprécié de trouver un refuge pour la nuit à  « la Villa ».

1961, fondation de l’Association romande de parachutistes sportifs (ARPS)

L’école et le groupe de parachutisme du CFA dont l'activité prenait une telle ampleur sur le plan romand que les parachutistes réalisèrent la tâche de la gestion de l'école et du groupe, de prendre eux-mêmes en charge la gestion de l’école et du groupe. D’entente avec le CFA, l’Association romande de parachutistes sportifs (ARPS) fut fondée le 26 janvier 1961. Elle fut admise en tant que groupe parachutiste à l’A.G. de la Section fribourgeoise de l’AéCS du 23 février 1961. La reprise par l'ARPS de  la concession de l’école de parachutisme d’Ecuvillens, de son exploitation et la reprise du matériel de saut du CFA et du Para-club Genève ont été négociées et conclues avec ces derniers. A cette assemblée générale, Georges Christinat, premier président de l’ARPS, exprima au président du CFA, Béda Hefti, ainsi qu’aux membres du comité, les plus vifs remerciements pour leur œuvre remarquable de pionniers dans le domaine du sport parachutiste en Suisse, de 1951 à 1961.

En mars, dès les beaux jours, l’activité de l’école reprenait avec entrain sur l’aérodrome d’Ecuvillens. Un week-end sur deux, ça sautait. Les sauteurs affluaient aux week-ends prolongés de Pâques et de l’Ascension, puis au stage d’une semaine en été. Jacques Doyen, infatigable et passionné, s’impliquait beaucoup dans la bonne marche de l’activité pratique de l’école.

En plus des sauts sur Ecuvillens, des sauts en neige ont eu lieu sur le glacier du Tsanfleuron. Ils étaient l’occasion, pour les paras en OR, d’un saut d’exercice avec ouverture du ventral seul. Avec une ouverture à 6 secondes, sur la tranche et sans gaine d’amortissement, quelle cacahuète, mes aïeux ! Les atterrissages étaient sans danger dans la neige avec une voilure ronde de 40 m². En plus et du même coup, un autre exercice non négligeable, le retour à l’avion, la neige jusqu’au ventre, parce que l’avion s’arrêtait vers le haut du glacier prêt au décollage. Pour le retour, les paras équipés d’un autre parachute ventral de secours, effectuaient un deuxième saut de 3000 mètres, avec cette fois l'ouverture du parachute principal, au-dessus de l’aérodrome de Rennaz.

Nouvelle réglementation concernant les licences du personnel navigant

Une nouvelle réglementation datée du 30 mars 1961 fit suite aux entretiens de décembre 1960 à Berne entre l’OFA et les instructeurs parachutistes en fonction. Influencés par les principes très réglementés en France, la majorité des participants décide de les faire appliquer en Suisse avec pour conséquence de diminuer la rapidité de la progression pour passer à la chute libre. Le minimum de deux sauts en OA (ouverture automatique), exigés en Suisse, passa ainsi à quinze avant le premier saut en OC (ouverture commandée, <3 sec.). En France, ce nombre minimum avait déjà régressé de trente à quinze sauts. A ce moment, aux Etats-Unis et au Canada, l’élève pouvait déjà effectuer après sept sauts OA, son premier saut à ouverture manuelle après 5 secondes de chute (OR, >5 sec.), si les trois derniers sauts OA avec poignée-témoin étaient satisfaisants.

Meeting sur l'aérodrome d'Ecuvillens au début juillet 1961

Lors du meeting, les paras exécutèrent des sauts et des démonstrations de chute libre et blanchirent le ciel bleu de leurs traînées de talc ou de fumigènes fixés à leur cheville. Pour l’occasion, le pilote des glaciers Fernand Martignoni larguait les parachutistes du Pilatus Porter PC-6 d’Air Glaciers.

Deuxième accident fatal endeuillant l'école de parachutisme

Le dimanche 30 juillet 1961, un ennui mécanique avait contraint l'avion largueur "Stinson" à rester au sol. L’école avait pris la décision de se déplacer sur l’aérodrome de Rennaz-Montreux comme cela avait déjà été fait. Après un largage de sauts en OA, Jacques Doyen fit son dernier saut. Un ennui survenu de façon imprévisible lors de l’ouverture du parachute principal empêcha ce dernier de s'ouvrir correctement et l’entraîna dans une chute mortelle. Ce fut un choc pour tous ceux qui le connaissaient ou qui étaient en relation avec les parachutistes et l’aérodrome d’Ecuvillens.

Jacques Doyen n’était pas seulement un sportif d’une classe exceptionnelle, il savait communiquer enthousiasme et joie de vivre avec plénitude le sport auquel il donnait le meilleur de lui-même. Ceux et celles qui l’ont connu se souviennent de la qualité de son amitié, pleine de générosité et de disponibilité. La perte fut grande pour les parachutistes consternés et marqué par le désarroi. En sa mémoire, les parachutistes de Suisse romande décidèrent de poursuivre leur activité. Ils organisèrent un grand meeting international de parachutisme sur l’aérodrome d’Yverdon. Tout le bénéfice fut remis à sa femme et ses enfants.

1961, reprise du flambeau de l’école par Jean-Paul Marendaz

Le comité de l’ARPS prit le temps nécessaire pour retrouver un esprit serein. Pour rester fidèle à sa décision de continuer son activité, il proposa à Jean-Paul Marendaz de succéder à Jacques Doyen à la tête de l’école. Jean-Paul Marendaz, grand et mince, disponible et très minutieux dans la pratique du parachutisme, prit son engagement très au sérieux. Il  obtint sa licence d’instructeur parachutiste le 1er septembre 1961. Tout de suite, il remis en activité l’école durant les week-ends.

Conscient du manque de support théorique à jour pour l’instruction des élèves de l’école, et après s’être documenté en conséquence durant l’hiver 61-62, Jean-Paul élabora un livre de théorie très complet. Cet ouvrage proposait une méthode et un programme qui allaient permettre une progression aussi rapide que possible et sûre de la chute libre. Face aux difficultés des débutants à être stables en position I et T, et réalisant la nécessité d’une bonne position pour une ouverture en toute sécurité, il introduisit la position en  X  dès le premier saut en OA, avec départ face avant/moteur. Les positions particulières étaient reportées en fin de progression.

1962, pratique des sauts avec sécurité

Le parachutisme fut longtemps considéré comme un sport dangereux et téméraire. Jean-Paul Marendaz souhaitait faire tomber cette connotation péjorative liée à ce sport. Il veilla constamment  à ce que les élèves de l'école disposent d’une instruction de qualité, d’un matériel et d’un avion adaptés. Pour cela il ne faudrait pas oublier l’effort et l'appui constants du comité du CFA, encouragé par Béda Hefti, pour mettre l’infrastructure de l’aérodrome à la disposition de l’école.

L’école de parachutisme installa ses étagères pour le rangement des parachutes dans le fond du hangar n°1, derrière la buvette. Les tables de pliage se rangeaient contre la paroi côté route. La séance de saut commençait le matin par la sortie des trois avions du hangar qui y prenaient place pour la nuit : le Bücker HB-UTL, les Piper HB-OCI et HB-OWS. Le système « Hefti », c’est-à-dire l’imbrication des avions posés sur des chariots (en quinconce) roulant sur deux rails, permettait une économie de surface dans le hangar. Il fallait pousser les avions sur leur chariot à l’extérieur du hangard, puis les descendre de ces derniers pour les faire rouler à leur place de parc habituelle. Ensuite seulement, on passait au montage des tables de pliage et à la distribution du matériel aux élèves.

Une école de parachutisme ne pouvait fonctionner régulièrement que si les pilotes largueurs  mettaient bénévolement leur temps à disposition. Les paras eurent beaucoup de chance avec la disponibilité des pilotes du CFA et particulièrement de celle de Pierre de Sybourg qui pilota l’avion largueur régulièrement durant des années, les week-ends et lors des stages. Il démontra une inlassable disponibilité au largage des parachutistes, une vocation pourrait-on dire. Quand le Stinson n’était pas disponible, il lui trouvait un avion de remplacement. Il allait par exemple à ses frais chercher l’Aéronca de La Chaux-de-Fonds, pour éviter d’annuler un week-end de sauts. Gaston Monod, malgré ses fonctions d’instructeur de vol et de chef de place, s’était aussi montré très disponible, ainsi que Charles Chammartin, instructeur de vol lui aussi. Les paras de l'époque leur seront toujours reconnaissants.

1962, championnats du monde à Orange USA

Pour la première fois, une équipe suisse allait participer officiellement aux championnats du monde. Trois romands de l’ARPS avaient réussi leur sélection : Jean-Paul Marendaz, Claude Rüeger et Bruno-Jacques Morel. L’enjeu était important pour faire évoluer le parachutisme en Suisse. Rien de tel que sortir de son pays pour voir comment les choses se passent ailleurs pour s'instruire. Surtout aux Etas-Unis, un pays où le sport parachutiste avait pris une avance certaine par rapport à l’Europe. L’expérience que l’on pouvait acquérir par un tel voyage y était importante par les contacts, la connaissance des techniques d’instruction et les types de parachutes utilisés. En compétition, le premier suisse termina 55e au combiné sur 140 concurrents, avec 129 sauts à sont actif avant la compétition. Les autres participants sélectionnés étaient Rudolf Offerman, Harald Zürcher, Hans Bergmann remplaçant de Jean-Paul Marendaz qui s’était fracturé une jambe à l’entraînement. Ce dernier y participa avec la fonction de juge sportif. Le capitaine de l’équipe fut Roland Troyon, président de l’ARPS.

Expérience enrichissante

Pour tous les participants et pour l’école, l’expérience américaine fut enrichissante. En particulier pour Jean-Paul Marendaz car elle lui permit d'introduire des innovations dans la progression qu'il avait établie pour ses élèves. Ces dernières avaient pourtant dû êtres reportées en raison du règlement en vigueur à ce moment. Seule la chute du premier saut en OC passa de 3 à 5 secondes après un bon conditionnement au sol et des poignées-témoins avec parachute C-9 à ouverture semi-automatique. Ce qui permettait à l’élève d’avoir le temps de retrouver une bonne position stable pour l’ouverture, après un départ instable de l’avion. La chute de 5 secondes permettait aussi une perception plus rapide du sentiment de la stabilité en chute. Par la suite et jusqu’en 1977, Claude Rüeger instructeur entretint cette pratique tout en ayant augmenté, pour la sécurité, les altitudes de largage. L’innovation, même réfléchie, a toujours fait peur à ceux qui ne voulaient pas remettre en question les acquis dépassés.

L’activité des sauts reprit au retour d'Amérique en septembre avec un moniteur éclopé pour un moment encore mais toujours aussi motivé et persévérant.

Statistiques 1962

Pour l’année 1962, 667 sauts avaient été exécutés, 7 paras réussirent leur licence OA tandis que 2 réussirent leur extension en OR, et ceci malgré l’interruption de l’école durant un mois de l’été en raison de la participation du seul moniteur du moment aux championnats mondiaux à Orange/USA.

1963, nouvelle année malheureuse

La saison à peine commencée, un nouveau malheur frappa l’école. Le 31 mars, sur le terrain d’exercice militaire de Bière, avait lieu un concours romand de modèles réduits. L’ARPS avait été invitée à y faire des démonstrations de sauts, en partant de l’aérodrome de Cointrin. Une suite d’événements s’enchaînèrent et occasionnèrent le cumul de tous les facteurs qui conduisirent Jean-Paul Marendaz à l’accident qui devait lui coûter la vie, à l’âge de 31 ans. L’école perdait son 3e moniteur. Ce fut à nouveau la consternation parmi les parachutistes de l’ARPS et le CFA. Pourtant, ils n’en restèrent pas là, et encore une fois, prirent la décision de continuer l’œuvre déjà bien engagée par les trois moniteurs disparus.

Deux nouveaux moniteurs

Sans attendre, Roland Troyon, président, et le comité de l’ARPS proposèrent à l’OFA les candidatures de Bruno-Jacques Morel natif de Fribourg et habitant Genève et Claude Rüeger de Fribourg. Sans tarder, ils se préparèrent pour l’examen théorique et pratique et réussirent leur licence d’instructeur parachutiste les 29 mars et 5 avril 1963, sur les aérodromes de la Chaux-de-Fonds et de Rennaz-Montreux. L’expert pour les examens était Monsieur Fritz Bigler, inspecteur à l’OFA. Il fut secondé par Harald Zurcher, expert auxiliaire de l’OFA.

L'OFA organise un stage pour instructeur

Pour la première fois en Suisse, l’OFA organisait sur l’aérodrome de Montreux-Rennaz deux cours de perfectionnement pour moniteurs parachutistes. Monsieur Fritz Bigler, inspecteur de l’OFA en était l’initiateur et le directeur. En Suisse, l’instruction au parachutisme commençait à être prise en considération.

Activité en week-ends et stages

L’école reprit son activité durant les fins de semaine et le stage de l’été, sur les principes d’instruction définis par Jean-Paul Marendaz. Pour la première fois aussi, l’armée suisse mettait à disposition sur l’aérodrome d’Ecuvillens un avion de largage de type Dornier Do-27. Le V-601 était piloté par un adjudant des plus sympathiques, François Landry surnommé "Zazie" durant les 2 jours de largages et les stages suivants.

Le 18 juillet 1963, l’aérodrome d’Ecuvillens fut honoré par la visite du conseiller fédéral Chaudet et du commandant de corps Frick, venus prendre la température du centre suisse romand de parachutisme pour lequel l'aviation militaire mettait un avion à disposition.

Les deux semaines de stage, avec un avion largueur de l’aviation militaire suisse durant 2 jours, furent le prélude à l’introduction future des parachutistes dans l’armée suisse. Ce principe s’est répété l’année suivante, puis jusqu’à la mise sur pied de la compagnie militaire des éclaireurs parachutistes 17.

L'inventeur du parachute ascensionnel à Ecuvillens

Pendant ce même stage, l’inventeur du parachute ascensionnel “Lemoigne”, Pierre Lemoigne lui-même, était venu présenter à Ecuvillens en présence de MM. Chaudet et Frick son nouveau parachute à tuyères. Il nous fit démontrer par ses parachutistes d’essai des sauts révolutionnaires pour l’époque sur le plan de la conduite et de la vitesse d’avancement de ce nouveau type de parachute. N’ayant par la suite et par ailleurs pas réussi à vendre ce dernier aux Français, il finit par en vendre les droits à la Pioneer Parachute Company aux USA. Ce parachute encore perfectionné par la firme fit sa réapparition aux championnats du monde de 1964, à Leutkich. Sous la forme du célèbre "Pioneer Para-Commander Mark I", il y rafla toutes les médailles de la PA. Les Français comme les pays de l’Est en rachetèrent les droits aux américains ou le copièrent, pour en faire leur modèle propre, dont le modèle français : le "Papillon".

La Télévision suisse-romande à Ecuvillens

Un autre événement à signaler lors de ce stage : la présence d’une équipe de la Télévision suisse romande sur l’aérodrome. Georges Kleinmann, François Bardet et André Gazu étaient venus filmer  "Les Fous de Ciel" rebaptisé par la suite "Chute libre". Ce documentaire est aujourd’hui le témoignage historique d’un épisode important du sport parachutiste en Suisse dans les années 1960-64. C’est un film à voir et surtout à " conserver ". Il est actuellement toujours visible sur les archives de la TSR sous "http://archives.tsr.ch/player/sport-saut".

Début de la photographie en chute libre

Albert Ferrari, surnommé "douze cylindres", réunissant les moyens matériels, mécaniques et techniques de chute existants, fut à notre connaissance le premier photographe en chute de Suisse. Mécanicien de précision, il avait réalisé un support pour son appareil qu’il fixait sur l’avant-bras gauche. Il s’était inspiré du para-photographe américain Bob Burquor. De type "Robot 24 /18", son appareil à remontoir mécanique permettait 12 à 16 prises de vue.

Statistique 1963

Environ 500 sauts.

1964, activité normale de l’école

Une année heureusement sans problème particulier, agrémentée des pique-niques de midi dans la forêt, avec des délicieux poulets à la broche offerts par Pierre et Magali de Sybourg et des arrosages au mousseux sans alcool d’événements tel que l’anniversaire de Harald Zürcher, expert de l'OFA pour les examens de licence en fin de stage d'été. On peut aussi parler des parties de pétanque lors de vent supérieur à 6 m/s et des randonnées avec les chevaux de la ferme Biolley.

Un deuxième élève-parachutiste, Marcel Barbey dit Ø le Pâteux Ø, natif du village d’Ecuvillens, avait pris goût aux sauts en parachute, puis à la chute libre. Avec ses parents, il exploitait  la boulangerie d’Ecuvillens sise en face de l'église.

L’Office fédéral de l’air avait mis à disposition de l’école, pour la durée du stage d’été, son Pilatus-Porter PC-6 HB-FAO. Celui-ci avait déjà exécuté les largages au deuxième cours de formation continue pour instructeurs qui avait eu lieu en mai sur l’aérodrome d’Yverdon.

Meeting annuel sur l’aérodrome d’Ecuvillens

Meeting dont le clou fut un largage de trois parachutistes prévu à 10’000 mètres. Les trois sauteurs étaient alimentés en oxygène dans l’avion à partir de 3500 mètres. Pour le saut, chacun était muni d’un équipement personnel d’alimentation en oxygène par inhalateur identique à celui d’un pilote militaire volant le DH 112 Venom. Erich Grätzer de Dübendorf, l’un des sauteurs, en était l’organisateur technique et le pourvoyeur en matériel de l'aviation militaire. Les deux autres sauteurs furent Robert Arbel et Claude Rüeger. Le largage fut effectué avec un Pilatus-Porter PC-6 muni d’une turbine Astazou X, de l’usine PILATUS. Il était piloté par le pilote d’essai Rolf Böhm. Les trois parachutistes dont les chutes avaient été marquées par des fumigènes, atterrirent devant le public et furent accueillis par Gaston Monod chef de la place d'Ecuvillens et speaker du meeting.

Statistiques 1964

4 élèves passèrent leur licence au stage d’été, sous l’œil de l’expert chargé par l’OFA, Harald Zürcher de Berthoud, ancien moniteur parachutiste à la Garde aérienne suisse de sauvetage. Plus tard, 5 licenciés réussirent leur extension en OR. 11 premiers sauts OA et 5 premiers sauts OR. Durant cette année 549 sauts furent effectués. Remarquable aussi, 5 pilotes du CFA firent un premier saut d’initiation.

1965, l’ARPS devient le PCR

Sur la proposition de quelques membres, l’Association romande de parachutistes sportifs changeait de nom et devenait le Para-Club Romand (PCR). Proposition approuvée en assemblée du 23 janvier 1965.

Robert Arbel, un nouveau moniteur, seconda Claude Rüeger et lui succédera au poste de moniteur-chef en 1966.

Visite d’un parachutiste canadien à Ecuvillens

Le 4 juillet 1965, recommandé par le célèbre docteur-chirurgien de Hahn de Lausanne, un parachutiste canadien est venu faire quelques sauts à Ecuvillens. Il s’agissait de Jean Poirel, photographe-cinéaste, explorateur, organisateur d’expéditions au Canada. Intéressé  par la méthode d’instruction en Suisse, il nous exposa celle qui était pratiquée par le centre où lui-même était moniteur. Après les 6 à 8 sauts en ouverture semi-automatique et un conditionnement au sol, l’élève partait pour son premier OR d’une altitude de 8000 pieds, avec un moniteur en face le tenant par les mains. Ensemble, ils chutaient le temps pour obtenir leur stabilité, puis le moniteur lâchait l’élève afin qu’il chute librement, stabilisé pour actionner la poignée d’ouverture. Cette technique était couramment pratiquée dans certains centres autonomes du Canada. A ce moment, ceci demeurait impensable en Suisse et encore moins en France. Et pourtant, environ 20 ans plus tard, la méthode d’écolage AFF, plus évoluée encore, révolutionna les principes de progression dans l’enseignement de la chute libre stabilisée.

3e Championnats suisses de parachutisme à Ecuvillens

Les 3e championnats suisses de parachutisme ont été organisés pour la première fois en septembre par le PCR sur les aérodromes d’Ecuvillens (style) et de La Chaux-de-Fonds (P.A.). Trois disciplines devenues classiques : le style, la PA individuelle, la PA par équipe et le combiné des deux premiers.

2000e parachutiste largué par Pierre de Sybourg

Durant l'année 1965, Pierre de Sybourg exécutait le largage de son 2000e parachutiste. Actuellement cela pourrait paraître insignifiant en comparaison des possibilités capacitaires des avions modernes. La vitesse ascensionnelle lente et la capacité faible en passagers nécessitaient un long temps de vol, une disponibilité et un temps de présence important des pilotes largueurs. Pierre ne les a jamais comptés. Toujours souriant, par beau ou mauvais temps, qu'il y ait beaucoup ou peu de monde, il était toujours présent aux séances de sauts. D’où l’écrit de Paul Foretay à son intention :

« Pierre aux 2000 sourires »

Sourire encourageant, à toi, l’élève, qui ne sait ce qui t’attend …

Sourire tranquille, à toi, le confirmé, qui le sais …

Sourire rassurant, à toi, qui fais un largage difficile …

Sourire surpris, à toi, qui sors tes jambes en passant sur Bulle déjà …

Sourire inquiet, à toi, qui corriges 14 fois à gauche et 9 fois à droite …

Sourire compatissant, à toi, qui gueules « coupé » comme on gueule « Maman » …

Sourire navré, à toi, qui as dû, avec ton équipement, marcher pendant 1 kilomètre …

Sourire confiant, à toi, qui vas passer ta licence …

Sourire radieux, à toi, qui l’as réussie …

Sourire chaleureux, à toi, qui as fait ton temps de chute, pile …

Sourire complice, à toi, qui joues l’apéro à la P.A. …

Sourire mystérieux, à toi, qui n’as pas vu qu’il lui reste une boule de pétanque …

Sourire candide, à toi, qui n’as pas vu qu’il lui en restait deux …

Sourire ironique, à toi, qui lui tends une boîte qui secoue quand on l’ouvre …

Sourire heureux, à toi, qui viens de sauter, et qui es heureux …

2000 largages, c’est quelque chose, non ? mais alors 2000 sourires !!! …

Paul

Statistique 1965

42 élèves ont été actifs, 16 élèves ont fait leur premier saut et 3 leur premier OR, 10 examens réussis dont 6 licences OA et 4 extensions OR.

Au total, 524 sauts ont été effectués.

1966, moniteurs en fonction

Robert Arbel (moniteur-chef) et Claude Rüeger (moniteur adjoint).

Une radio pour le Stinson

Le trafic dans l’Airway Green 5, passant à 1300 m/sol au-dessus d’Ecuvillens, devenait toujours plus dense et commençait à poser des problèmes à tout avion qui la pénétrait.  C’était souvent le cas des avions largueurs et avant chaque vol, il fallait téléphoner au contrôle régional de Cointrin. L’école apprit avec soulagement la décision de Coop-Aviation, nouvelle société coopérative qui gérait les avions du CFA, d’équiper l'avion largueur Stinson d’une radio pour les contacts avec Cointrin pour faciliter les largages en altitude. Cela fut réalisé en juillet et ce fut aussi l’occasion pour les pilotes largueurs de pratiquer la radio de façon effective avec la sécurité de Cointrin.

Nouveaux instructeurs

En septembre, Paul Foretay et Jean Pierre Freudiger seront les candidats moniteurs proposés pour 1967 par le comité du PCR.

Nouveaux types de parachutes

Mise à disposition de l’école de plusieurs parachutes de type Para-Commander II et de type Papillon (modèle français du Para-commander).

Statistique 1966

L’école a compté 58 élèves actifs, 29 élèves ont fait leur premier saut en OA et 5 leur premier OR, 6 élèves ont réussi leur examen : 3 licences OA et 3 extensions OR.

A
u total, 709 sauts ont été effectués.

1967, activité en progression

Moniteurs en fonction : Claude Rüeger (moniteur-chef), Paul Foretay et Jean-Pierre Freudiger (moniteurs).

Le 29 avril 1967, Béda Hefti, pionnier du sport parachutiste, fut fêté dignement par les parachutistes pour les services rendus à l’école et au sport parachutiste en général. Pour la première fois, vêtu d’une combinaison blanche, il fut invité à participer comme passager dans l’avion largueur afin d’assister au départ des chuteurs. Bien sûr, Pierre de Sybourg fit de son mieux avec son avion pour qu’il ait la possibilité de suivre les chutes libres, l’ouverture des parachutes et la descente avec ceux-ci. Il en revint ravi et exprima son admiration sincère pour les paras sautant et maîtrisant la chute libre depuis si haut.

Pour la première fois l’école dépassa les 1000 sauts, malgré la mise hors service définitive du Stinson HB-TRR, suite à un accident: un refus au décollage en bout de piste 28 dû aux freins qui ont serré à cause d’une erreur « bête », l’utilisation d’une huile inadéquate après vidange et contrôle des circuits hydrauliques des freins, lors d’un service à l’atelier. L’avion se retrouva démoli sur la route conduisant à l’aérodrome, heureusement sans conséquence pour le pilote et les parachutistes, par ailleurs hors de cause. Cet avion avait largué les parachutistes de 1960 à 1967. Coop-Aviation pourvut au remplacement du Stinson en mettant à disposition de l’école un Cessna 172. Pour seconder Pierre de Sybourg, de nouveaux pilotes firent leur extension au largage. Un plan de financement fut étudié par le CFA et Coop-Aviation, ainsi que des demandes de subsides entreprises pour l’achat d’un nouvel avion de largage adéquat. L’avion sera de type Cessna 180, d’un coût d’environ 100'000 francs.

Les pilotes largueurs du moment étaient : Pierre de Sybourg, Gaston Monod, Charles Chammartin, Alphonse Rotzetter et Jean-Claude Bersier. Pierre de Sybourg larguait cette année-là son 3000e parachutiste.

Entretemps, le projet de la formation d'une unité ou compagnie d'éclaireurs-parachutistes dans l'aviation militaire suisse progressait, l’armée mit à disposition des trois principales écoles suisses un Dornier Do-27, et par la suite un Pilatus-Porter, durant 2 jours par an pour chaque école. L’âge minimum pour sauter fut enfin abaissé à 17 ans, ceci en vue des futurs cours d'instruction préparatoire pour parachutistes militaires [IAP].

Statistique 1967

82 élèves actifs. 40 premiers sauts en OA et 8 premiers sauts en OR. 32 licences OA réussies et 4 extensions réussies. Au total, 1490 sauts effectués.

1968, nouveaux moniteurs et nouvel avion

Moniteurs en fonction : Roger Valluis (moniteur-chef), Jean-Pierre Freudiger (directeur de l’école), Jean-Jacques Favre (moniteur) et Claude Rüeger (moniteur auxiliaire).

Début de saison avec un nouvel avion très attendu, le Cessna 180 HB-CRB, avec moteur de 230 CV et une vitesse ascensionnelle de 2,30 m/s avec 3 paras.

Activité de sauts toujours en augmentation donc toujours plus de vols et de sauts au-dessus de l’aérodrome d’Ecuvillens.

1969, des événements marquants

- Premier accident mortel d'un élève qui endeuilla l’école et le centre d’Ecuvillens

Le premier accident mortel d’un élève survint le 10 mai 1969, lors de son premier saut sur l’aérodrome d’Ecuvillens. Une mauvaise pose et une inversion des ficelles de résistance définie dans l’attache de la SOA à la voilure et celles de la fermeture du sac furent la cause de la non-ouverture du parachute principal de type TAP 660. Le fait que le parachute de secours soit resté fermé n’a pu être éclairci. Tous les élèves parachutistes étaient en possession d'une licence de pliage pour les parachutes utilisés.

- Ratification du règlement provisoire en vigueur concernant les licences

L’âge minimum de 17 ans pour le premier saut devint enfin officiel. A par cela, rien de nouveau. Toujours l’exigence des 15 sauts en OA pour passer la « licence » et pour sauter en OR puis les 15 sauts en OR pour passer l’ « extension ». Cette dernière consiste à réussir deux chutes de 14 à 16 secondes et tenir un axe durant 9 à 11 secondes. L’atterrissage devait se faire dans les 25 ou 50 m, suivant le type de parachute utilisé.

L’exigence minimum de la pratique parachutiste pour devenir moniteur était d’avoir effectué un minimum de 100 sauts, dont 20 avec une chute libre de 30 secondes et plus.

- 7e Championnats suisses de parachutisme à Ecuvillens

Pour la deuxième fois le Para-club Romand a pris en charge l’organisation des championnats suisses des trois disciplines : style, PA individuelle, PA par équipe et combiné des deux premiers.

- 5000e parachutiste largué par Pierre de Sybourg

Pierre de Sybourg régulièrement sur le terrain pour larguer a été dûment fêté et sincèrement remercié pour le temps qu’il consacra si généreusement à ses amis parachutistes.

1970, constat d’une activité grandissante du parachutisme et d’une évolution de l’aérodrome d’Ecuvillens

Mêmes moniteurs en fonction que l’année précédente. L’activité parachutiste de l’école toujours en progression, le PCR commence à réaliser l’ampleur et l’augmentation du travail nécessaire à la gestion de l’école et du centre de parachutisme. Ceci d’autant plus que les personnes impliquées dans ce travail jusque-là commencent à se fatiguer, alors que la relève se fait aussi difficilement.

Ce fut cette année-là que le PCR et Coop-Aviation entrèrent en matière pour une gestion plus professionnelle de l’école et du centre. Dans le cadre de l’évolution de l’aérodrome vers un statut d’aérodrome régional, Coop-Aviation négocia avec le PCR le projet de la reprise de l’école, de son matériel et de l’engagement d’un moniteur professionnel et permanent pour l’année suivante.

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Chronique historique - école de  parachutisme Bellechasse  et  Ecuvillens