Ecole de parachutisme - Club fribourgeois d'aviation

Introduction à la « Chronique historique
du parachutisme fribourgeois ».
Claude Rüeger, ancien appointé à la Cp av 4

J’ai commencé à m’intéresser à l’aviation en générale dès 1950. La collection des coupures de journaux sur l’aviation mondiale civile et militaire, collées sur des cahiers d’école, furent mes premières occupations qui stimulèrent ma passion pour l’aviation. L’attractivité des maquettes d’avions dans les vitrines de magasins m’amenèrent à construire mes premiers modèles réduits. Les premiers modèles furent ceux d’un Vampire DH 100 propulsé par un moteur fusée JETEX et d’un Piper Tri-pacer mû par un moteur à élastique.

En 1952, avec plusieurs copains partageant le même intérêt, je fis la connaissance de Gaston Monod, alors Cpl dans une Cp av et membre du comité du « Club fribourgeois d’aviation [CFA] »  et section fribourgeoise de l’AéCS. Gaston Monod, sous l’égide de Béda Hefti, président du CFA d’alors, forma le noyau fondateur avec les 5 premiers membres de Fribourg, Georges Ducry, Pierre Bielmann, Marius Zamofing et Claude Rüeger, du « Groupement des modélistes » sous-groupe de CFA. Gaston Monod en fut le président fondateur.

Pour financer les constructions de mes modèles réduits et de mes planeurs, car issu de parents de conditions modestes, je gagnais mon argent de poche en exécutant les courses dans différents commerces de la ville Fribourg.

Claude Rüeger

C’était dans une teinturerie pour laquelle je faisais des courses et de laquelle je me précipitais à l’extérieure sur l’esplanade des Grands-Places de Fribourg, après avoir décelé les vrombissements de leur moteur, pour m’extasier aux passages de plusieurs double patrouilles de Morane D-3801. Certaines fois, une employée du magasin me rejoignait pour me dire que sont ami Roland pilotait l’un de ces Morane. Il s’agissait de Roland Ottiger, pilote militaire ainsi qu’à Swissair, dont le père habitait l’avenue du Midi à Fribourg, près de chez mes parents. A chaque fois que je le croisais, même quelques fois en officier pilote, j’éprouvais pour lui une grande admiration car il me faisait rêver d’aviation. Cela se passait dans les années 1951 à 1956.

Je fis concrètement mes débuts dans les structures du CFA par la suite. Engagé par Gaston Monod et Beda Hefti pour l’organisation des meetings du CFA sur les aérodromes de Bellechasse et Ecuvillens,. Il s’agissait de sortir les avions du hangar, faire le plein d’essence, lancer l’hélice des Piper et du Bücker-Jungmann, tenir les feuilles de start, participer à différents travaux d’entretien des l’aérodromes et à la construction de hangars. Tout cela pour gagner des minutes de vol en double commande avec Gaston Monod pilote breveté et Bernard Progin, ancien pilote à l’Esc av 5 et instructeur du moment à Ecuvillens. Des heures de passion et de rêve passées sur les week-ends durant plusieurs années sur l’aérodrome d’Ecuvillens. Les premiers vols durant lesquels j’ai tâté du manche en Piper L-4, s’agrémentaient de figures simples comme des pertes de vitesse, des retournements, des piqués et des vols dans les méandres de la Sarine, d’atterrissages en campagne, des premiers vols acrobatiques en passager sur Bücker-Jungmann. De quoi vivre et ressentir des sensations extraordinaires avec des pilotes passionnés d’aviation eux aussi et pour lesquels j’avais une grande admiration. Des vols avec des avions, que actuellement, ne sont plus possibles. A cette époque aussi, je m’étais nourri de toute la littérature possible concernant le vol à voile et à moteur, les avions, les différents moteurs et l’aérodynamisme.

A 17 ans, pour devenir pilote militaire, je me suis inscris pour les cours IAP. Convoqué à Berne chez le Dr Buttikofer pour un examen médical et des tests classiques à l’aviation, j’en suis ressortis avec la volonté de réussir au vu du constat positif évoqué par le médecin, mais avec un point d’interrogation concernant ma vue pénalisée par un astigmatisme dont je n’avais pas été conscient jusqu’à ce jour. Le résultat est arrivé quelques semaines après, il fut négatif … Dommage pour moi !

Mon intérêt pour l’aviation ne s’émoussa pas pour autant, je gardais l’espoir de représenter à nouveau ma candidature à l’école de recrue de 1959. Pour cela il fallait que je puisse à 19 ans, lors du recrutement de 1958, me faire incorporer dans les Troupes d’aviation. Pour un fribourgeois, cela n’était pas évident parce que le canton de Fribourg était en ce temps-là un grand pourvoyeur en soldats destinés à l’infanterie de montagne. M. Béda Hefti me fit une lettre de recommandation, avec à l’appui ma licence de plieur de parachutes, pour mon incorporation dans les troupes d’aviation.

Certainement grâce à lui, j’ai été incorporé dans l’aviation et ainsi je gardais l’espoir pour proposer à nouveau ma candidature pour pilote militaire.

Effectuant mon apprentissage de dessinateur en génie civil dans le bureau de M. Béda Hefti ingénieur très connu à Fribourg, je fus proche de toutes les activités sportives exercées par ce dernier : la natation avec la construction de ses piscines ; le ski par la construction de téléskis et l’organisation de courses à la station de la Berra ; l’aviation puisque président du CFA et fondateur de l’aérodrome d’Ecuvillens ; le parachutisme en temps que fondateur et directeur de la première école de parachutisme homologuée en Suisse par l’Office fédéral de l’air [OFA]. Il m’avait chargé de la responsabilité de l’entretien des parachutes PAK Rüfa de 40 m² en soie naturelle (de fabrication allemande et datant de la dernière guerre). Ce type de parachute à ce moment, était le seul disponible pour effectuer des sauts. Il me proposa de suivre le cours d’instruction aux sauts en parachute, comprenant le pliage du parachute, la théorie et la pratique du saut. Ceci sans exécuter les sauts, car l’âge minimum exigé était de 20 ans et moi je n’étais âgé que de 18 ans. Ayant obtenu le brevet de plieur de parachute pour tiers, j’ai par la suite organisé le matériel et les cours de pliage de parachutes lors des cours d’instruction sur l’aérodrome de Bellechasse en 1958 puis ensuite sur celui d’Ecuvillens à partir de 1959.

Lors de mon école de recrue en été 1959 à Payerne, ma candidature de pilote a été malheureusement, à nouveau refusée en raison de mon acuité visuelle qualifiée d’insuffisante. Avec le temps je me suis fait une raison et l’intérêt et le sérieux de la préparation des avions pour les vols m’aidèrent à assumer les aspects de l’instruction militaire, de l’autoritarisme et des exercices de cette école de recrue de Payerne que j’avais prise en aversion, dont les officiers de l’école prétendaient qu’elle était la meilleure de l’armée suisse !  A la fin de mon E.R. en novembre 1959, j’ai repris mes entrainements et ma préparation pour effectuer mon 1er saut en parachute.

Ecole de recrue - 1959 Payerne

J’en ai effectué 3, précédés par 2 largages obligatoires de mannequins pour l’exercice à la précision d’atterrissage, sur le week-end des 5 et 6 décembre 1959. Mes deux premiers sauts se firent en ouverture automatique [OA] et le troisième fut mon premier saut en ouverture manuelle ou commandée à 3 sec. [OC]. Au printemps 1960, je repris ma progression en chute libre avec ouverture retardée de plus en plus longue. Sous la houlette du français Jacques Doyen, moniteur et passionné de chute libre. La griserie de celle-ci et sa pratique me détourna de  l’aviation sans pour autant me désintéresser d’elle.

Arriva mon premier cours de répétition en automne 1960. Sur le quai de gare de Fribourg, j’ai rencontré un soldat avec sur les épaules, comme sur les miennes, des épaulettes de la Cp av 4, dans laquelle moi aussi j’avais été incorporé. C’était le soldat Louis (Loulou) Castella, qui fonctionnait comme aide de bureau du Cdt de compagnie. En partance pour l’aérodrome de Turtmann, dans le train, il me fit l’historique de la Cp av 4. Il me parla particulièrement des deux derniers commandants de compagnie, le Cap Edouard Koessler et celui du moment, le Plt Jean-Jacques Péclard. Deux commandants avec un état d’esprit peu commun à l’armée au point d’en avoir imprégné la compagnie. En simplifiant un peu, l’accent sur l’activité de la compagnie était donné à la préparation des avions et au service de vol, par rapport aux exercices militaires. C’était vrai et avec la personnalité de l’adjudant technique Jean Kaestli, on ne pouvait qu’être motivé pour satisfaire au mieux au travail de la préparation au vol des avions DH-112 Venom destinés aux pilotes de l’Esc av 4 du Cap commandant Georges Von Allmen.

En 1962, je faisais partie de l’équipe nationale de parachutisme et j’ai participé au championnat du monde de parachutisme à Orange (Massachussets, USA) . En 1963, j’ai obtenu ma licence d’instructeur parachutiste. J’ai eu la chance de participer à trois sauts d’altitude avec des équipements d’assistance en oxygène de l’aviation militaire suisse. L’organisation, le matériel et la direction des sauts étaient assumés par Erich Graetzer de Dübendorf (Plt des troupes d’aviation). Un saut à Laax GR en 1963, altitude 7900 m/mer avec 120 sec. de chute, les sauteurs étaient Erich Graetzer, Ruedi Offermann et Claude Rüeger.

Un saut sur l’aérodrome d’Ecuvillens FR en 1964, altitude 8600 m/mer avec 140 sec. de chute libre, les sauteurs étaient Erich Graetzer, Robert Arbel (Lt quartier-maître sur l’aérodrome de Turtmann) et Claude Rüeger. Un saut sur l’aérodrome de La Chaux-de-Fonds NE en 1965, altitude 9700 m/mer avec 150 sec. de chute libre, les sauteurs étaient Erich Graetzer, Robert Arbel et Claude Rüeger.

Ma participation en 1964 aux manœuvres du 4ème Corps d’armée dans la partie orientale de la Suisse a été mon premier contact avec l’armée en temps que parachutiste. Organisés par le Plt des Troupes d’aviation Erich Graetzer, parachutiste confirmé lui-même, les sauts dans lors des manœuvres de l’infanterie étaient effectués depuis 2 Junker Ju-52 et des Dornier Do-27. Personnellement, je commandais les largages depuis le 2ème Ju-52 ainsi que ceux depuis l’un des Do-27. Des parachutistes civils mobilisés en uniforme avaient sauté pour la 1ère fois dans un cadre militaire suisse.

Jusqu’en 1967, j’ai effectué mes CR en élite dans la Cp av 4, sur l’aérodrome de Turmann VS. Mon dernier CR en élite en 1968 avec la ‘’ 4 ‘’ a été le cours de transition sur Hawker Hunter Mk 58, sur l’aérodrome de Meiringen BE.

En 1969 a eu lieu à Lozone et Magadino, le « cours de transition ». Des parachutistes civils non incorporés dans l’aviation, allaient être instruits pour former le premier contingent de la Cp 17 des éclaireurs-parachutistes militaires de l’armée suisse. Cette compagnie avait été attribuée aux Troupes d’aviation. Par le fait d’être incorporé dans l’aviation, j’ai été mis à disposition pour fonctionner comme instructeur de sauts, le temps de mes trois derniers CR de Landwehr puis de Landsturm. Ceci dans le 1er cours de transition en 1969 puis dans les 2 écoles de recrue qui ont suivi en 1970 et 1971, pour la formation des recrues éclaireurs-parachutistes.

Inscrit membre de l’Amicale aviation 4 en 1960, mais très occupé les week-ends durant de nombreuse années comme instructeur parachutiste, mes participations n’ont pas été nombreuses aux assemblées générales de l’Amicale. C’est en 1997, à la fête du cinquantenaire de l’Amicale, que j’ai raccroché aux activés de celle-ci, à l’ambiance de l’Amicale et à ses A.G., ceci grâce à son président Blaise Perrenoud, ancien Plt pilote à l’Esc av 4 et

Aérodrome d'Ecuvillens Fribourg
Eclaireurs - parachutistes 1969 Lozone et Magadino
Formation des recrues éclaireurs-parachutiste

aussi ancien pilote-largueur civil de parachutistes, ainsi  le caissier de l’Amicale Hubert Rossier, issu comme moi de l’école de recrue de l’été 1959 à Payerne.

Le canton de Fribourg avait été pionnier dans le début du parachutisme et son évolution en Suisse romande des années 1952 à 1980. Un officier pilote de l’Esc av 4 et un appointé aide-mécanicien de la Cp av 4, y avaient participé activement. Je réalisais que j’étais le dernier témoin et le seul à avoir cherché et réuni les documents et les photos nécessaires pour l’élaboration de son histoire. J’ai alors, décidé d’en rédiger la chronique historique que vous pourrez lire, puisque celle-ci est publiée ci-après, sur le site Internet de l’Amicale aviation 4.

Benoît Musy - parachutiste

Je vous souhaite une
bonne lecture ….

Claude Rüeger - parachutiste
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